Accueil Date de création : 20/10/08 Dernière mise à jour : 30/11/11 04:44 / 22 articles publiés

x, au carré.  posté le dimanche 31 janvier 2010 10:06

À chaque fois que je mets un collant mauve, que je mets mon boulot de côté pour m'amuser ou écouter mes amies, que je fais des contrepèteries en réunion, que j'avoue que je n'ai pas plannifié toute mon existence jusqu'à ma fatale agonie, que je m'extasie sur la beauté de la nature, je sens l'oeil du cartésien, légèrement teinté de condescendance, se poser sur moi. C'est déjà mieux qu'à l'époque où cet oeil était une main ferme qui m'interdisait les études de lettres au motif que ça ne conduit nulle part, que ça ne sert à rien vu que ce ne sont que des mots. Et que les mots ne veulent rien dire. 

 Et pourtant...

J'ai appris à aimer les scientifiques. En vieillissant, ceux qui se mettent à l'art, à la littérature, et peuvent enfin parler de choses intelligibles, sont très agréables à vivre et complètent le squelette de leur intelligence d'une carnation humanisante. 

En revanche, je suis surprise de voir que les clichés dont on m'assomme depuis l'enfance sur la réussite, l'équilibre, la régularité des scientifiques -comme s'il s'agissait d'une espèce à part- sont en réalité, mais je m'en doutais, de grosses erreurs d'appréciation. 

Les pouvoirs totalitaires ont utlisé bien des scientifiques pour légitimer leurs crimes - souvenez-vous du type en blouse blanche et grosses lunettes qui veut prouver au peuple ignorant, baguette à l'appui, que le juif est bien un sous homme-. Les médecins du nazisme ont été des bourreaux encore plus malveillants, encore plus raffinés, encore plus malades et plus pernicieux que les autres. Puis, nous avons appris qu'il y en avait aujourd'hui qui taisaient ce qu'ils savaient au nom du profit, au mépris de la vie de gens qu'ils auraient pu sauver. Il y en a qui sont intégristes -je me souviens d'un médecin catholique intégriste, père d'une amie de collège, qui avait brisé la nuque de son chat au motif qu'il faisait du bruit...  qui forçait toute sa famille à se rendre à deux cents km de là tous les dimanches, pour écouter la messe en latin, qui s'arrangeait pour qu'aucune femme tentée par l'avortement ou le divorce ne sorte sans pleurer de son cabinet...-... "Réussite, équilibre, rationalité..."...

Récemment, l'une de mes relations à la retraite -un ingénieur anglais de l'OTAN- vient de réactiver en moi cette conscience effrayante que nos vies sont entre les mains de gens qui ne sont pas moins irresponsables, malades, déviants que les autres -auxquels on ne songerait pas à les confier-. Leur habitude du pouvoir -lié à l'exercice de professions qui rapportent-, leur absence de doute vis-à-vis de leurs compétences, l'indifférence aux questions qui peuvent agiter un homme ou un monde, en font de formidables instruments  de l'infantilisation, de l'ignorance, de la superstition, toutes choses qu'on pense à mille lieues de leur univers.

 Ainsi, je viens d'apprendre que cet "ami" anglais, pour plaire à sa femme infirmière(!!!), vient de jeter tous les cadeaux que l'un de ses collègues français, aujourd'hui décédé, lui a offert, a envoyé de nombreuses lettres d'insultes à ses anciens amis, au motif que" la France est diabolique", que sa mère a toujours détesté les français qu'elle appelait "frogs" et que ça aurait dû lui apprendre à se méfier. Pour finir, ce vieillard fraîchement retraité, qui n'a même pas l'excuse d'être sénile, leur souhaite à tous la mort, qu'il verrait comme un soulagement non négligeable dans sa propre vie.

 Cher lecteur, j'espère sans y croire tout à fait, qu'on n'en a pas des comme ça au MInistère de l'intérieur, dans l'armée, en médecine, ou avec des permis de chasse. Mais je ne veux pas être taxée de légèreté, il me faut bien admettre qu'il est possible qu'il y ait des gens dangereux, avec du pouvoir, des responsabilités, même chez nous.

 X n'est donc pas tout à fait au carré. Méfions nous de ces gens qui n'ont rien qui dépasse, qui sont toujours à la gare 45 minutes avant l'arrivée des trains, qui lisent les petites lignes des contrats d'assurance, qui arrivent trop tôt et partent trop tard du travail alors qu'on ne leur a rien demandé. Méfions- nous des gens qui ont peur des autres, si ce n'est pour ce qu'ils en voient, pour ce qu'ils imaginent, dans leur folie. 

 X a peut-être besoin d'être remis au carré. D'être crédité pour sa validité humaine au lieu d'être crédité pour un savoir-faire  que n'importe quel misanthrope autiste peut acquérir. En tout cas, à ces fous que nous avons bombardé dans des responsabilités parfois importantes-pour la vie des autres-, je ne confierais pas la garde d'un acarien, d'une cafetière ou même, de leur propre existence, parfois terriblement nuisible.

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On a vu Camus à la fête de l' olive....  posté le mardi 05 janvier 2010 19:20

     J'ai pas envie de tomber malade: je suis donc obligée de  partager mes émotions pour ne pas somatiser : j'en ai assez d'entendre des conneries sur Camus. C'est dit. Marre d'être bombardée par des mails, des articles, des émissions télé qui discutent, à l'infini, avec des accents de haine ou de bêtise-des jumelles-  de "Camus l'algérien", de "Camus le traître aux algériens", de Camus en string avec sa mère à Darty... À croire que personne ne l'a lu, personne n'est capable de reonnaître un humain quand il en voit un. 

Il faut lire la correspondance Camus-Char pour comprendre que ces discussions -à la con- étaient déjà très déplacées de son vivant, mais à présent qu'il est mort, c'est un peu comme sodomiser les mouches: utile, quoi. Et ça rend vraiment hommage à ses questions! 

N'y a t-il rien à dire sur le terrorisme?  une justice au prix du sacrifice des innocents? Les justes  L'absurde? le suicide?  Mythe de  Sisyphe

Camus offre des questions qui habitent, indéfiniment parfois. "Il faut imaginer Sisyphe heureux"... C'est bien ce que je me dis quand je vais au travail ou que je lave mon bol. Et s'il parle des paysages de son enfance, des odeurs, des couleurs ou des saveurs qui l'ont habité, j'ai du mal à croire qu'en 2010, il y ait si peu de gens capables de comprendre qu'on puisse grandir dans un pays, une région et avoir les papiers d'une autre.

 Camus-bourguignon aurait peut-être été mieux lu, moins tordu à des fins de propagande-quelles qu'elles soient, toutes perverses, étymologiquement-.  Mais non, là, il a dans les yeux de son âme des paysages lumineux, le bruit des mots entendus, des odeurs découvertes comme chacun, à l'aube de sa vie, se remémore la fête de l'olive, du boudin ou de l'oursin. Il est empreint de son monde, des saveurs découvertes, ensemble avec les questions qui habitent les hommes -qui se posent des questions-. Et qui voyagent.

Pas de répit, même dans la mort. Ce n'est pas de nature à me rassurer. 

Camus s'est affranchi de bien des tentations auxquelles d'autres ont succombé sans fléchir: il n'a pas été opportuniste, il est resté en dehors des récupérations-politiques ou autres- abusives. Il a crée, pensé, résisté. Il est resté aussi libre que possible dans ce monde difficile -moi,je n'oublie pas qu'il est humain-. 

 Pas moyen de me le figurer comme un godemichet politique, qu'on utiliserait même post mortem.

 On peut lire Camus enfant et rester sidéré par le style, les images, les questions qu'il engendre. Pas de pollution diurne à la clef: de la sincérité, de l'âme en prise avec l'âme, pas de calcul imbécile ou partisan. Du plaisir, de la beauté, du devenir... -le début d'un mouvement- Et ça, mes amis, si c'est pas la preuve qu'il n'avait pas l'intention de déclencher la troisième guerre mondiale....

 

 


 

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Fisc fucking  posté le samedi 02 janvier 2010 09:45

Et oui! Les moeurs françaises ont un côté punchy! Tous les ans, on a droit à notre cadeau foecal, euh, fiscal... Tandis que certains se remettent péniblement du passage du 31 décembre d'une année pourrie au premier janvier d'une année pleine d'espoir, d'autres-à la télé en général- annoncent les premières mauvaises nouvelles. Voyager, fumer, être hospitalisé etc... tous ces luxes vont être fortement taxés. Et on dérembourse les médicaments inutiles* (* inutiles, je traduis: pour des "gens inutiles", qui ne peuvent se les payer, ceux qui n'ont pas de rollex à 50 ans, des gens qui ont raté leur vie quoi). Bref, on n'a pas attendu longtemps pour avoir la sensation que 2009 est morte pour ressusciter sous les traits de 2010, les mêmes traits vulgaires -genre rombière du FN* (*Fond National ou Fumier National selon les régions)-, la même désinvolture vis à vis de l'avenir, des jeunes, de la réalité. Plus question de péter sous les couvertures et de trouer la couche d'ozone*(*ozone: dites "eau jaune" dans le midi) : la taxe carbone vous chopera au saut du lit.

Bonne année 2010! Globalement, ça a l'air bien re-parti.

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Moment de détente  posté le dimanche 29 novembre 2009 19:31

J'adoooooooore mon coiffeur. C'est un homme dégarni, de petite taille, le visage définitivement grêlé par l'acné de son adolescence- un lointain souvenir, il doit friser la quarantaine-. Je ne le vois pas souvent -deux fois par an-, mais il faut croire qu'il me reconnaît, puisqu'il coupe toujours mes cheveux de la même façon avec une constance qui ne m'inspire que de la gratitude -celle de ne pas regretter d'être venue-.

Ça n'a pas loupé, il m'a reconnue une fois encore et a même poussé la courtoisie jusqu'à me demander des nouvelles de mon fils... Las!  Je lui apprends que le rejeton a été renvoyé du collège et ... je n'ai pas le temps d'ajouter quoi que ce soit que voilà mon affable coiffeur sens dessus-dessous:

- Je sais... c'est terrible... ces profs... déjà qu'ils foutent rien... 

Ils n'en lèvent pas une... (coup de ciseaux)

 Comment il va, le petit? 

-... (coup de ciseaux)

- Et puis, ils sont pas pédagogues... 

-... (coup de ciseaux)

- Et en plus, ils ne sont jamais là... Ils s'en foutent: ils ont un de ces taux d'absentéïsme! (yeux au ciel, coup de ciseaux) On devrait tous les virer...  de toutes façons, les gosses d'aujourd'hui, ils ne savent plus lire!...(coup de ciseaux, coup de ciseaux, coup de ciseaux...)

- ...(coup de ciseaux, coup de ciseaux... je me demande avec inquiétude si ça va pas être trop court cette fois... C'est peut-être pas le moment de lui dire que je suis ... prof...)

- Mon frère, lui, il est en colère: son fils, il est bon à l'école, il vient encore d'avoir les félicitations...il ne se révolte pas du tout!  Ça l'énerve que le petit n'ait pas envie de se battre...

-Mais.. il est peut-être bien?

-Pensez-vous... Il doit pas oser...(coups de ciseaux, coups de peigne, coups de ciseaux..., là, c'est vraiment trop court je crois...) Ils ont tout pouvoir sur les enfants!

-Là, je crois que ça va... (et puis, dans ma tête se bousculent plein de clichés sur les coiffeurs, et comme j'ai la langue bien pendue et les cheveux déjà trop courts, il vaut peut-être mieux que je me barre...)

- Eh bien courage, pour votre fils! Dites-lui qu'on peut très bien s'en sortir sans école: regardez-moi!

  Je regarde et je vois un type de quarante ans bourré de préjugés, de fiel et de frustrations -ups! je crois que j'ai oublié de raconter qu'il m'a dit qu'il a un très mauvais souvenir de l'école- avec encore moins de cheveux que moi,  coiffeur vieillissant dans une chaîne où la moyenne d'âge est de vingt-cinq ans pour les employés, du double pour les clientes- , je le regarde et je me dis qu'il faudra que je trouve une autre forme d'espoir ou de perspective à présenter à mon fils si je ne veux pas qu'il trouve le monde très mais alors très ... inquiétant!

 

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Sainte n'y touche qu'un peu...  posté le lundi 02 novembre 2009 10:09

Je retourne parfois sur un blog que j'ai beaucoup aimé à ses débuts. Dernièrement, j'ai pu lire qu'une demoiselle a délaissé sa robe "comptoir des cotonniers" pour aller faire la manche dans le métro et enfin comprendre les SDF. Ce sacrifice lui vaut quantité de commentaires élogieux: quel courage! quelle abnégation! quelle victoire!-dix euros de l'heure en moyenne-! quelle sagesse! 

J'ai eu beaucoup de mal à ne pas rire, à ne pas être dégoûtée par cette expérience qui ressemble à celle qu'on fait enfant, pour savoir ce que ressentent les aveugles: on ferme les yeux deux minutes dans la rue. Et au premier impact avec le mobilier urbain, on les rouvre en se disant "c'est horrible! comment ils font?" Et on croit qu'on sait désormais ce qu'est l'ordinaire d'un aveugle.

 Le mini thriller de la demoiselle -qui se veut honnête, je ne mets pas son ingénuité en doute-, cette petite incursion dans un monde où elle ne risque rien et qui peut stimuler sa production littéraire, a t-elle vraiment à voir avec la réalité qu'elle est sensée retrouver?

Je lui suggère d'y retourner âgée, avec ses enfants -ça lui coûtera moins cher que des vacances au ski-. Parce que faire la manche, jeune, on l'a tous fait -ou presque-. Pas toujours pour des raisons qui tiennent à la survie: pour délirer, pour expérimenter, pour se la péter. 

Mais les misères ne s'excluent pas, elles s'ajoutent parfois: ainsi on peut être vieux, malade, moche, dépressif et pauvre sans avoir à choisir. Et ça peut durer. Jusqu'à la mort. Et on peut entraîner avec soi ceux qu'on aime le plus au monde. Ses enfants. Parce que si l'amour est aveugle, la misère n'a pas non plus beaucoup de discernement. 

Heureusement que soeur Emmanuelle ne faisait pas du tourisme, sinon, tous les gens qu'elle a sauvés seraient encore dans la décharge.

 Voir, est-ce suffisant?

Est-ce qu'on peut confondre ça avec "agir"? Et si tous ces problèmes paraissent insolubles, est-ce parce que ça l'est vraiment ou parce qu'on ne se demande pas grand chose, dans le fond?

Et je ne vous parle pas de la fille qui a écrit sur la Sorbonne en suggérant qu'au vu du ratio de jeunes avec des cheveux gras et de la quantité de grèves, il vaut mieux faire autre chose que des études...

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