À chaque fois que je mets un collant mauve, que je mets mon boulot de côté pour m'amuser ou écouter mes amies, que je fais des contrepèteries en réunion, que j'avoue que je n'ai pas plannifié toute mon existence jusqu'à ma fatale agonie, que je m'extasie sur la beauté de la nature, je sens l'oeil du cartésien, légèrement teinté de condescendance, se poser sur moi. C'est déjà mieux qu'à l'époque où cet oeil était une main ferme qui m'interdisait les études de lettres au motif que ça ne conduit nulle part, que ça ne sert à rien vu que ce ne sont que des mots. Et que les mots ne veulent rien dire.
Et pourtant...
J'ai appris à aimer les scientifiques. En vieillissant, ceux qui se mettent à l'art, à la littérature, et peuvent enfin parler de choses intelligibles, sont très agréables à vivre et complètent le squelette de leur intelligence d'une carnation humanisante.
En revanche, je suis surprise de voir que les clichés dont on m'assomme depuis l'enfance sur la réussite, l'équilibre, la régularité des scientifiques -comme s'il s'agissait d'une espèce à part- sont en réalité, mais je m'en doutais, de grosses erreurs d'appréciation.
Les pouvoirs totalitaires ont utlisé bien des scientifiques pour légitimer leurs crimes - souvenez-vous du type en blouse blanche et grosses lunettes qui veut prouver au peuple ignorant, baguette à l'appui, que le juif est bien un sous homme-. Les médecins du nazisme ont été des bourreaux encore plus malveillants, encore plus raffinés, encore plus malades et plus pernicieux que les autres. Puis, nous avons appris qu'il y en avait aujourd'hui qui taisaient ce qu'ils savaient au nom du profit, au mépris de la vie de gens qu'ils auraient pu sauver. Il y en a qui sont intégristes -je me souviens d'un médecin catholique intégriste, père d'une amie de collège, qui avait brisé la nuque de son chat au motif qu'il faisait du bruit... qui forçait toute sa famille à se rendre à deux cents km de là tous les dimanches, pour écouter la messe en latin, qui s'arrangeait pour qu'aucune femme tentée par l'avortement ou le divorce ne sorte sans pleurer de son cabinet...-... "Réussite, équilibre, rationalité..."...
Récemment, l'une de mes relations à la retraite -un ingénieur anglais de l'OTAN- vient de réactiver en moi cette conscience effrayante que nos vies sont entre les mains de gens qui ne sont pas moins irresponsables, malades, déviants que les autres -auxquels on ne songerait pas à les confier-. Leur habitude du pouvoir -lié à l'exercice de professions qui rapportent-, leur absence de doute vis-à-vis de leurs compétences, l'indifférence aux questions qui peuvent agiter un homme ou un monde, en font de formidables instruments de l'infantilisation, de l'ignorance, de la superstition, toutes choses qu'on pense à mille lieues de leur univers.
Ainsi, je viens d'apprendre que cet "ami" anglais, pour plaire à sa femme infirmière(!!!), vient de jeter tous les cadeaux que l'un de ses collègues français, aujourd'hui décédé, lui a offert, a envoyé de nombreuses lettres d'insultes à ses anciens amis, au motif que" la France est diabolique", que sa mère a toujours détesté les français qu'elle appelait "frogs" et que ça aurait dû lui apprendre à se méfier. Pour finir, ce vieillard fraîchement retraité, qui n'a même pas l'excuse d'être sénile, leur souhaite à tous la mort, qu'il verrait comme un soulagement non négligeable dans sa propre vie.
Cher lecteur, j'espère sans y croire tout à fait, qu'on n'en a pas des comme ça au MInistère de l'intérieur, dans l'armée, en médecine, ou avec des permis de chasse. Mais je ne veux pas être taxée de légèreté, il me faut bien admettre qu'il est possible qu'il y ait des gens dangereux, avec du pouvoir, des responsabilités, même chez nous.
X n'est donc pas tout à fait au carré. Méfions nous de ces gens qui n'ont rien qui dépasse, qui sont toujours à la gare 45 minutes avant l'arrivée des trains, qui lisent les petites lignes des contrats d'assurance, qui arrivent trop tôt et partent trop tard du travail alors qu'on ne leur a rien demandé. Méfions- nous des gens qui ont peur des autres, si ce n'est pour ce qu'ils en voient, pour ce qu'ils imaginent, dans leur folie.
X a peut-être besoin d'être remis au carré. D'être crédité pour sa validité humaine au lieu d'être crédité pour un savoir-faire que n'importe quel misanthrope autiste peut acquérir. En tout cas, à ces fous que nous avons bombardé dans des responsabilités parfois importantes-pour la vie des autres-, je ne confierais pas la garde d'un acarien, d'une cafetière ou même, de leur propre existence, parfois terriblement nuisible.







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